Et on voudra m’arracher le cœur

2026
Huile sur lin
40 x 40 cm

C’est un tableau très personnel, que j’ai commencé il y a environ un an et demi, et qui me semble clore parfaitement ma série Fractales sous contraintes surréalistes. Au-delà de la fécondité, biologique ou artistique, il interroge : que reste-t-il de nous lorsque l’on nous arrache ce qui nous est essentiel ?
L’œuvre est née en réaction à un événement extérieur, une injonction sociale qui aurait pu me « retirer le droit » de peindre. Je me suis alors sentie dépossédée de moi-même, comme l’endométriose l’avait fait pendant la majeure partie de ma vie : sensation que mes entrailles sont étirées comme du chewing-gum, qu’on les tord en ricanant, chaque traction provoquant une douleur à la fois aiguë et profonde, et d’une telle violence que je ne sais plus si je vais pouvoir continuer à respirer. Le gonflement des poumons aggravant drastiquement la douleur, le moindre mouvement étant torture, il ne faut plus bouger d’un cil.


C’est la privation de mon libre arbitre et d’une fonction vitale : mon pouvoir de création. Je voudrais alors m’échapper, tout quitter, mais ma main endométriosique, celle qui tient le pinceau et le crayon, se déforme à l’infini, retenue par une force narquoise. Et l’ailleurs me demeure inaccessible.
Encore une fois, on m’empêchera de créer, on m’empêchera de partir. Et on voudra m’arracher le cœur.
