Monday morning

Monday morning • 2026 • Sofigael M. • Huile sur lin • 70x70 cm

2026
Technique mixte (Huile et acrylique) sur toile de lin
70 x 70 cm

Monday morning • 2026 • Sofigael M. • Huile sur lin • 70x70 cm

Monday morning

Monday morning, morne dring.
Vite, des vitamines, un café
Pour émerger, et replonger
Dans le bain froid de la routine.

La lame, dérisoire coupe-coupe, coupe
La peau et lui taille un costard.
Il n’y a pas d’échappatoire
Sous le feu du rasoir.

Et nos rêves coulent dans le siphon
De la baignoire, en tourbillon.

Retrouver nos esprits, fragmentés,
Réparer nos espoirs, écorchés :
Hélas, il est déjà trop tard.
Il est au moins sept heures et quart.

Monday morning, morne dring.
Lundi matin, assassin.

Sophie-Gaëlle Martin • 2026

Monday Morning met en scène, avec humour noir, l’aliénation au travail. Critique de la société de performance, le burn out en est le thème central.

Une femme se suicide, métaphoriquement ou pas, dans sa baignoire, un lundi matin, avant d’aller travailler, comme l’indique l’horloge au-dessus d’elle. Il est 7h15.

Son conjoint, indifférent, continue sa routine dans un état second. Il ne voit pas, ou ne veut pas voir. Ce qui compte, c’est le travail.

Monday morning • 2026 • Sofigael M.
Monday morning • 2026 • Sofigael M.

Le contraste entre le geste banal et le drame absolu structure toute la scène. L’accent est mis sur le bourreau – de travail – et non sur la victime, qui se fond dans le décor, comme un accessoire de salle de bain.

L’homme, tournant le dos au spectacle sanglant qui se joue derrière lui, occupe tout l’espace tandis que la femme semble disparaître de son champ de conscience. Dans un geste mécanique, il utilise cyniquement le rasoir ensanglanté avec lequel sa conjointe s’est mutilée. L’important, c’est de ne pas être en retard au bureau.

Cette indifférence n’est pas seulement celle d’un individu : c’est celle du système qui continue, implacable.

Les éléments du décor renforcent cette lecture. Le flacon de vitamines promet énergie et performance : sur son étiquette, le diagramme à barres évoque la croissance et les courbes de résultats.

Les lignes verticales du mur ressemblent à des barreaux : prison mentale, sociale, peut-être conjugale.

Les joints rouges du carrelage, cimentés par le sang, matérialisent l’expression « se tuer à la tâche » : la femme paye de sa santé son beau sol en faïence bleu outremer. La salle de bain devient le lieu d’un sacrifice intime au nom de la productivité et de la réussite sociale.

Monday morning • 2026 • Sofigael M.
Monday morning • 2026 • Sofigael M.

Le tableau peut aussi se lire autrement : féminicide, fantasme meurtrier du mari, ou projection intérieure d’une femme qui ne supporte plus la répétition du travail. Ce que l’on voit n’est peut-être pas réel, mais l’expression d’un état de souffrance psychique.

C’est également la critique du couple et d’une certaine dynamique conjugale : la femme est ignorée par son mari, son existence est niée, devenue secondaire et superflue. La reprise du lundi matin et la routine quotidienne deviennent alors des instruments de violence silencieuse. Pour le mari, elle semble déjà partie, exsangue, fantôme de sa propre vie.

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